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mercredi 02 juillet 2008

« Pour comprendre la situation de Naplouse, il faut venir sur place »

 Les maisons éventrées par les bombardements laissent la place à de nouvelles constructions. :  La Voix du Nord Les maisons éventrées par les bombardements laissent la place à de nouvelles constructions. : La Voix du Nord

Quelques heures dans les pas des Palestiniens de Naplouse ne peuvent laisser personne indifférent.

Ici, on meurt du cancer du sein, alors qu'à une quarantaine de kilomètres, il y a tout pour se soigner. Ici, on souffre de malnutrition, non pas par carence d'apport mais parce que certains ne peuvent pas se payer du pain tous les jours, alors qu'à une heure de voiture, Tel Aviv prend des airs de Los Angeles. Naplouse, 150 000 habitants, est du mauvais côté du check-point. Huwara, son entrée principale, est gardée par des soldats israéliens.

La file des véhicules qui veulent quitter la ville est interminable ; elles sont reconnaissables de loin avec leurs plaques vertes (les plaques jaunes sont israéliennes). Ceux qui ont choisi de passer le contrôle à pied, parqués derrière une épaisse grille, devront aussi faire preuve de patience. Quelle que soit la raison de leur déplacement, ils attendront des heures. Ils portent des sacs en plastique, les valises sont interdites.

« Pour comprendre la situation, il faut venir sur place », résume Jamal Moheisen, pilier de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) et gouverneur de Naplouse, depuis que le maire (élu sur la liste du Hamas) est en prison. Naplouse, qui a été le centre de distribution en fruits et légumes de toute la Palestine, est aujourd'hui enfermée. « Tout l'argent du monde peut venir chez nous, tant qu'il y aura des check-points, il n'y aura pas de développement économique », stigmatise le politique. À l'époque où le commerce était fleurissant, on pouvait faire ses courses jusqu'à 23 h ; maintenant, les investisseurs sont partis et les gamins peuvent jouer au foot dans la rue dès 16 h. Le prix du pain a doublé en six mois (5 shekels), le salaire de l'ouvrier, lui, n'a pas bougé (40 shekels par jour).

Malgré tout, « la ville a changé », avouent ceux qui ne l'ont pas vue depuis quelques années. Les maisons éventrées par les bombardements laissent progressivement la place à de nouvelles constructions (loin d'être toutes achevées et habitées) ; il y a des bordures aux trottoirs et, sur certains, les aménageurs ont même pensé aux horodateurs. « C'est le signe qu'il se passe quelque chose  », ironise un membre d'une organisation humanitaire, devant un magasin de fringues appelé « Star Academy ».

S'il n'y a pas encore de cinéma ou de théâtre, pas plus que de bars où se croiser, les jeunes se rencontrent à la fac. Dès qu'une action culturelle est menée, elle attire du monde. Des concerts à Ramallah ont battu des records d'affluence : six personnes dans la salle. Pendant ce temps-là, quand le centre culturel français de Naplouse invite les Lillois du Ministère des affaires populaires (Saïd et son équipe sont des vedettes ici), il y a 3 000 spectateurs ; même s'il faut sortir quelques shekels (5 shekels = 1 E). « Les gens ne peuvent pas sortir de Naplouse ; tout ce qui vient de l'extérieur les intéresse  », témoigne Lucienne D'Allonçon, la jeune directrice du CCF.

Toutes les initiatives, même les plus improbables, sont couronnées de succès. Dans le registre des idées un peu folles, il y a par exemple celle de ce Palestinien qui vient juste d'ouvrir, sur les hauteurs de la ville, « Dream Village », un bar-restaurant avec piscine. Un autre a transformé une savonnerie en bibliothèque pour les enfants. Pour devenir membre à vie de ce centre de ressources, il suffit d'apporter... un livre : tous les enfants scolarisés de Naplouse y sont déjà passés. •

EMMANUEL CRAPET

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