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Dernière minute Lille

14:40 - vendredi 25 juillet 2008

À Arras, adieu l'ami Bidasse

De ses amis Bidasse, comme le veut la célèbre chanson arrageoise. Dès l'an prochain ! Soit la seule petite surprise d'hier matin. On savait le 601 e régiment de circulation routière et ses 840 emplois condamnés. Mais pas si tôt. 2010-2011, donnaient plutôt les rumeurs.

«  J'ai demandé à reculer l'échéance, mais l'opération était trop facile à mener pour le ministère », constate à regret Jean-Marie Vanlerenberghe, le maire d'Arras. «  Bien qu'il n'aurait pas non plus été facile de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, comme y est désormais contraint Cambrai. » Le régiment sera dissous, les militaires redéployés, la quarantaine de civils mutés. Si ce n'est Martine Caillerets, la couturière du régiment. En trente-trois ans, elle en a retouché des uniformes, en a cousu des galons, des fourreaux ou des brassards. Mais d'ici peu, à bientôt 51 ans, elle pointera au chômage. La seule dans ce cas, selon elle. La seule à travailler à plein temps pour les militaires tout en étant embauchée par une entreprise privée.

Manque à gagner

Pas ou peu de licenciements, mais un impact économique indirect. Cette fermeture doit toucher les entreprises sous-traitantes, pour lesquelles le 601 e représentait une bonne part de marché. Pour l'instant, on cherche à les recenser.

En revanche, les édiles de l'Arrageois estiment à 8,5 millions d'euros le manque à gagner en terme de pouvoir d'achat. Ajoutez à cela le million en moins dans les caisses des collectivités... En échange, 6 millions d'euros sont promis de la part de l'État. «  Le compte n'y est pas », proteste le premier magistrat arrageois, qui ne désespère pas d'obtenir plus. Il proteste sans tempêter.

À l'instar du chef de corps du régiment tout en nuance : «  J'ai des regrets, mais l'esprit de sacrifice est inscrit dans notre état même de militaire. » Et tant pis pour la maison achetée l'an dernier par ce gradé. Il la revendra moins cher. Inévitablement, l'immobilier va baisser. Les cafetiers et les commerçants, eux, accusent un coup qu'ils jugent dur, mais pas insurmontable. Tandis qu'on se demande quel sera le devenir des 72 hectares de terrain militaire désormais libres au coeur de la ville. Régine, la plus vieille cabaretière de la cité, se souvient, nostalgique, avoir vu festoyer les bidasses de retour d'Algérie. C'était la fin de la guerre. Depuis, d'année en année, ils se faisaient plus discrets. •

LAURENT DECOTTE

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