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lille@lavoixdunord.fr 8 h 35, le téléphone sonne dans le bureau du directeur de l'école élémentaire Wagner, à Lille-Sud. « Ah d'accord, vous ne pouvez pas être là... Vous faites grève... Oui, d'accord, je comprends. » Il raccroche. « C'était l'intervenant musique de la ville qui prévenait qu'il ne sera pas là aujourd'hui. » Philippe Andries sourit. En traversant la cour pour ouvrir la grille de l'école, il remarque : « Regardez, sur cette feuille qui avertit les parents de la grève, j'ai écrit mardi 15 mai au lieu de jeudi ! Bah, on en a eu tellement cette année ! » Pour le directeur, qui compte six grévistes sur onze professeurs, le plus étonnant, cette fois-ci, c'est que deux de ses stagiaires, en seconde année de formation, sont grévistes, « alors qu'ils suivent un stage fondamental dans leur cursus... ». Le signe d'une réelle inquiétude. « J'enseigne depuis vingt-deux ans, j'ai vu les choses se dégrader, le plus dur, ce sont les absents non remplacés... Mais bon, pourquoi s'inquiéter ? Nous sommes des privilégiés, nous avons tellement de chance, parce que nous avons la vocation... », ironise-t-il.
8 h 50, la grille est ouverte. Même si les enseignants grévistes avaient averti oralement les parents depuis quelques jours, certains sont là. Des mamans ne comprennent pas bien le français, elles attendent, hésitantes, devant la grille. D'autres ne pouvaient pas faire autrement. « Vous pouvez les prendre quand même ? », demande celle-ci. Anthony et Angela ont 6 et 8 ans. Elle travaille dans un magasin du quartier et n'a pas pu prendre sa journée. M. Andries acquiesce, tout en s'assurant que leur mère a bien prévu des sandwichs pour l'heure du midi. « C'est embêtant, nous avons appris tard qu'il y avait aussi grève à la restauration. » Un autre élève se poste devant lui : « Bonjour monsieur, y'a piscine aujourd'hui ? » La petite piscine François-Coppée est juste en face de l'école. Une maîtresse traverse la rue pour se renseigner. Bonne nouvelle : oui, la piscine reste ouverte.
9 h, la cloche sonne. Les enfants se rangent bien vite sous le préau. Les sans-professeurs, pas très nombreux, se répartissent dans les rangs. « Notre consigne aux parents a été : gardez vos enfants. D'abord pour éviter les classes surchargées, et parce qu'autrement, ce serait faire le jeu du service d'accueil minimum auquel la ville de Lille se refuse. » 9 h 05, on entre dans les classes. « En éducation civique, on parle du droit de grève, des syndicats, explique le directeur.
Mais à leur âge, c'est conceptuel tout ça. Ce matin, ils voulaient surtout savoir s'ils avaient droit à un jour de vacances ou pas !
» Nabil, 9 ans, a lui une réponse : « La grève, c'est quand les professeurs travaillent quelque part d'autre... Non ? » •
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