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PAR NICOLAS FAUCON
region@lavoixdunord.fr
PHOTO STÉPHANE MORTAGNE Un bar du centre-ville lillois, vendredi soir. Une mutuelle étudiante (la SMENO) organise la « Nuit du bac ». 22 h 30. Les lycéens arrivent. Montrent leur convocation. Le sésame pour deux boissons sans alcool. Thomas et Raphaël, en classe de première dans un lycée privé, préfèrent la bière. « Ben ouais, on est là pour s'amuser ! », dit le premier, genre BCBG, qui confesse sortir plusieurs fois par semaine avec ses potes. Buveur d'occasion, déjà. « Le mercredi soir, c'est trois-quatre bières. » Et d'évoquer « le gros lâchage » d'avril, au bahut. « Souvent, entre les cours, on allait chercher une bouteille au supermarché... » À l'autre bout du bar, lovés sur un sofa, Alexandre et Corentin entament leur pinte de bière (50 cl). « Ce soir, on va se lâcher », avouent les garçons du lycée Ozanam, qui viennent de décrocher leur bac. Et de s'étonner de croiser parfois, au cours de leurs soirées chez les copains, le petit frère d'untel, en seconde ou au collège, un verre de vodka à la main. « Ouais, je trouve qu'ils boivent de plus en plus jeunes. » Perrine, 17 ans, cocktail d'alcool posé sur la table basse, opine. La lycéenne raconte avoir vu l'an dernier un élève de troisième allongé sur un banc, en face de son bahut (Pasteur à Lille). Complètement saoul, bouteille à la main. « De whisky, je crois. » Elle-même se décrit comme « fêtarde ». « On a déjà commencé cet aprèm à la bière », lâche-t-elle, surexcitée. « Là, je dois en être à mon 4e verre. Mais je ne conduis pas ! » Nabil, 18 ans, lui, est « dégoûté » : il a loupé son bac. « Je vais quand même faire la fête. » Après avoir commandé sa deuxième vodka, il raconte, yeux brillants, « halluciner » de croiser en « teufs »des gars « hauts comme trois pommes dans les bars de Lille en train de picoler de la vodka. C'était du binge drinking, je crois. »
Consommation excessive et ponctuelle, le binge drinking est une pratique observée en Angleterre qui commence en France à inquiéter le gouvernement. Sous l'impulsion du Premier ministre, une campagne de communication, la toute première, pourrait être lancée dès cet été. Le but ? Lutter contre l'alcool-défonce. En 2005, 26 % des jeunes de 17 ans déclaraient connaître des ivresses répétées. Huit points de plus qu'en 2003.
La région (1) n'est pas épargnée, même si les chiffres s'avèrent légèrement inférieurs à la moyenne nationale (de 15 % en 2003, on est passé à 18 % en 2005). En février, lors du dernier carnaval de Bailleul, les sapeurs-pompiers sont sortis une quinzaine de fois pour secourir des ados saouls, titubant dans les rues. « La première fois que mon fils s'est alcoolisé, c'était au collège. Il avait acheté une bouteille de whisky qu'il avait vidée dans une bouteille de Coca. Et quand je suis allé trouver le supermarché pour leur dire qu'ils n'avaient pas à vendre des bouteilles d'alcool aux mineurs, ils m'ont dit : "Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ?" », dénonce un parent d'élève de la FCPE.
Guy Savelon, secrétaire académique du syndicat des chefs d'établissement et proviseur au lycée Corot de Douai, dédramatise. « L'alcoolisation des ados n'est pas généralisée. La nouveauté, c'est que ça touche les jeunes filles. » Quant à la soirée de vendredi soir, elle fut soft, globalement. À l'entrée, un message de la mutuelle annonçait la couleur : « L'alcool, la drogue et le cannabis sont dangereux pour la santé. » Les pires excès se déroulent souvent ailleurs. Dans un parc, sur un parking. Avec de l'alcool acheté au supermarché. Samedi matin, dans l'Ain, un jeune homme a été découvert mort par son père probablement des suites d'un coma éthylique. Des amis l'avaient ramené vendredi soir chez lui dans un état d'ébriété avancée. Il avait fêté son bac. 1. - Enquête de 2005 réalisée sur 2 011 jeunes du Nord - Pas-de-Calais âgés de 17 ans lors de leur Journée d'appel de préparation à la défense.
> Les prénoms ont été modifiés
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