Hier, le collectif antipub a frappé le long du Grand Boulevard
Ils étaient une trentaine, avaient soigneusement choisi leur cible : une rangée de six panneaux publicitaires, 4 par 3, situés le long du Grand Boulevard, au Buisson, sur la droite en venant de Lille. Le collectif antipub s'en est donné à coeur joie à grand coup de bombe fluo. La police ne s'étant pas déplacée, ils se sont rendus au commissariat, pour se dénoncer.
Rien à voir avec des tagueurs qui veulent laisser leur empreinte au grand dam des propriétaires des murs. Le collectif des Déboulonneurs opère au vu et au su de tous, y compris des pouvoirs publics, puisque leurs rendez-vous sont systématiquement annoncés, via leur site internet. Erwan Taverne, un Andrésien, faisait partie du commando, vers 18 h, hier. Un porte-voix en main, il assume totalement son geste : une inscription « STOP PUB » en plein milieu d'un des six panneaux déroulants, situés le long du Grand Boulevard.
Pourquoi ce geste ? « Notre collectif des Déboulonneurs est créé à Lille depuis un peu plus d'un an, pour lutter contre la publicité invasive. Celle que l'on ne peut pas éviter parce qu'elle fait partie de notre paysage quotidien. On peut fermer un magazine, couper la télévision, mais pas fermer les yeux quand on conduit, quand on marche, etc... » Habituellement, les actions de ce type sont programmées à Lille. Mais la police a décidé de ne plus poursuivre, tant qu'il n'y a pas de dégradation autre que du barbouillage. « Alors on est venus à Marcq, pour voir.
» L'objectif de ces tagueurs intrépides n'est pas seulement de se faire remarquer ou de susciter le débat. « On ne se sauve jamais comme des voleurs, notre but est bien d'être poursuivis par la justice, après ce barbouillage, nous allons aller au commissariat, pour nous faire connaître . »
Déposition au commissariat
Leur rêve : le procès, si possible médiatisé. Une tribune pour condamner cette volonté d'entretenir la tentation de consommer à tout va, grâce à des panneaux géants qui bordent de préférence les axes fréquentés de nos villes. « Ces affiches, nous réclamons qu'ils fassent au maximum 50 cm sur 70 », exulte ce prof de physique, qui la veille avait fait une conférence à Tourcoing sur le réchauffement planétaire. Pour lui tout est lié : « Regardez cette publicité (déjà taguée) elle vante un véhicule 4X4, dont on sait qu'il consomme bien plus que les autres voitures. En plus, on vous dit, en grand, qu'il est à la portée de votre bourse. Vous avez envie de l'acheter, sans même vous en rendre compte. C'est comme cela pour tout. » La pub, moteur de la croissance, inhibiteur de la conscience. La cible est bien plus vaste que les seuls panneaux marcquois.
Plus tard, en début de soirée, ils ont été six, à faire leur déposition au commissariat de Marcq. Ce sera au procureur de la République de décider s'il y aura poursuite, ou non. Ailleurs en France, souvent, cela s'est traduit par une peine symbolique, des amendes avec sursis. •
PASCAL BUTSTRAEN
Les rédactions de La Voix du Nord
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