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Frédéric pleure. Comme sa femme, il travaille à la BA 103 depuis près de trente ans. Il est né dans la région, comme les deux tiers des 1 500 personnels de la BA 103. L'idée de quitter le Cambrésis les anéantit : « On ne veut pas partir, toute notre vie est ici. » En ville hier, le sentiment des Cambrésiens oscillait entre tristesse et révolte, entre fatalisme et regard vers l'avenir et les compensations avancées.
Au-delà de l'émotion, les commerçants, agents immobiliers et autres artisans calculaient déjà leur manque à gagner : « 1 500 personnes, les conjoints et les enfants, ça en fait du monde ! » La chaîne humaine, les pétitions, la distribution de bêtises et la mobilisation générale des élus et de la population n'auront pas suffi à convaincre en plus haut lieu. « C'est un pan de l'histoire du Cambrésis qui est rayé, mais aussi un nouveau coup asséné au Cambrésis par l'État », s'insurge, par téléphone, la conseillère régionale et députée européenne socialiste Brigitte Douay.
Sur la base hier après-midi, où le général Abrial, chef d'état-major de l'armée de l'air, est venu en personne annoncer la triste nouvelle, les militaires sont dignes. « On est amer. Je suis du Douaisis et je n'ai aucune envie de partir, mais on doit se plier », confie le coeur serré, mais discrètement, ce jeune homme en uniforme. Un Mirage décolle. On n'entend plus le général. Un militaire ferme les portes. « Non ! Laissez ouvert, tant qu'on peut encore les entendre », lâche le numéro un de l'armée de l'air, qui, lui aussi, apparaît ému, même si aucune parole n'est échangée avec le personnel.
Plusieurs élus sont aussi sur la base. En tête, le député-maire de Cambrai François-Xavier Villain : « Le général a choisi Cambrai : c'est un geste fort. C'était nécessaire qu'il rassure. On lui a dit ce que nous avions sur le coeur, mais au-delà de l'amertume, on doit tourner la page. Des annonces significatives doivent être confirmées par le préfet, dont notamment l'implantation à Cambrai de la direction centrale du commissariat de l'armée de terre, soit exactement 671 hommes. » Le sénateur Jacques Legendre poursuit : « Nous avons aussi bon espoir à propos du lancement par l'État d'une étude sur la réalisation de la voie ferrée électrifiée entre Cambrai et Arras, via Marquion, un point important.
Sans oublier une somme de dix millions d'euros mobilisables. » Des mesures compensatoires annoncées officiellement et qui ne sont tout de même pas négligeables, « fruit de la mobilisation des élus et surtout de la population », selon J. Legendre. Les élus de tous bords ont d'ores et déjà affirmé qu'ils resteraient vigilants quant à l'application de ces mesures annoncées.
Le sénateur cambrésien UMP a par ailleurs rencontré le président de la République mercredi. « Je lui ai demandé de venir personnellement mesurer l'action des élus locaux et les efforts en matière d'emploi, d'un coup anéantis... Nicolas Sarkozy m'a confié qu'il ne se déroberait pas... Nous ne sommes pas des pleureurs, mais chaque modernisation de l'État a tendance à toujours tomber sur les mêmes. Il est urgent que le gouvernement relance une politique forte d'aménagement du territoire. »
STÉPHANIE ZORN
PHOTO DIDIER CRASNAULT
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