Voix du Nord

Actualité Lille

jeudi 15 mai 2008

REPÈRES

Anna Mondavio est l'attachée culturelle de l'Institut culturel italien de Lille depuis le 2 mai 2003. Elle s'apprête à partir avec la satisfaction du travail accompli... et habitée d'une certaine nostalgie pour une ville et des Lillois qu'elle a appris à aimer. PROPOS RECUEILLIS PAR CATHERINE PAINSET

lille@lavoixdunord.fr Vous souvenez-vous de votre première impression ?

« Dans mon hôtel, il y avait une affiche sur le Festival de la soupe. J'ai tout de suite pensé que c'était sympathique... j'ai ensuite participé à cet événement. » D'où veniez-vous ?

« De Rome (sa ville natale). Nous sommes des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Nous n'avons pas de mission permanente. Tous les neuf ans, nous rentrons à Rome pour nous ressourcer. J'étais précédemment restée deux ans à Bruxelles, comme attachée linguistique. Je n'avais pas terminé ma mission car je pouvais prétendre à un poste d'attachée culturelle. » Aviez-vous choisi votre destination ?

« Le ministère publie une liste de postes, on puise dedans en en choisissant une quinzaine ou une vingtaine. Mon CV - doctorat à la Sorbonne, nombreux séjours en France pour les études et le travail - me conduisait vers un poste francophone, mais il n'y a pas de règles. Je connaissais un peu le Nord, j'étais venue de Bruxelles à Lille et j'avais vu le Furet du Nord et le métro. C'était les deux attractions qu'on m'avait désignées ! » Vous n'aviez pas d'appréhension ?

« Je n'avais jamais habité une ville qui ne soit pas une capitale. Je ne savais pas comment je réagirais. Mais dès mon arrivée, je me suis rendu compte que Lille n'est pas une ville isolée, qu'il y a autour une métropole, un département, une région. J'ai vite pensé qu'elle recélait des richesses insoupçonnées qui méritent d'être découvertes. » Dans quelle direction avez-vous travaillé ?

« J'ai eu envie d'instituer un dialogue culturel, avec le public, les institutions locales, les associations. J'aime que les choses se fassent en harmonie. L'exemple le plus significatif me paraît être la soirée organisée pour les vingt ans de la disparition de Primo Levi. Un moment fort, mis sur pied grâce à la complicité des relations internationales de Lille et de la synagogue. Des représentants de toutes les religions étaient présents. Primo Levi appartient à tous, je me suis juste servie de son "italianité". Ma mission, pendant cinq ans, a été de fédérer des gens autour de projets, d'améliorer la connaissance mutuelle, d'éveiller la curiosité. » Le public vous a-t-il suivi ?

« Les chiffres de fréquentation ont énormément augmenté. Au début, nous avions une cinquantaine de personnes pour les vernissages ; aujourd'hui, c'est plutôt 150 ou 200. Il faut naturellement veiller à établir un calendrier qui permette aux gens de venir... ne pas en faire trop. » Tout en misant sur la diversité ?

« Oui. J'ai essayé d'aborder tous les domaines. Un vrai voyage en Italie par la mode, le design, l'art classique et contemporain, la musique jazz, folk, classique... À la maison de quartier de Wazemmes, nous avons proposé des cours de cuisine, pour un tout petit groupe, c'était très sympathique...

 » Quels ont été les événements les plus courus ?

« Les concerts et les vernissages. La littérature est un domaine moins facile d'accès, qui relève davantage de l'expérience individuelle. Mais nous avons mené un partenariat fécond avec la librairie internationale VO. Une cinquantaine de personnes ont assisté aux rencontres avec les auteurs, en moyenne.

 » La culture italienne attire ?

« Oui, mais on a du mal à imposer une image moderne. L'histoire pèse positivement et négativement. Elle peut masquer se qui se fait actuellement.

C'est d'au-tant plus vrai dans cette région, terre d'immigration, qui garde une image très classique de l'Italie J'ai voulu aussi montrer un portrait un peu plus contemporain, donner des exemples de la création d'aujourd'hui. C'était le cas avec l'exposition Opalka/Pis-toletto, qui a surpris. Il faut mêler le passé et le présent pour que les gens ne soient pas uniquement confortés ou déroutés. » Quelle est votre plus grande réussite ?

« L'Institut a su instiller un esprit de convivialité. Les gens venaient aussi pour se rencontrer. Des relations se sont nouées... C'est le résultat le plus important. Et puis je crois que le public a compris la sincérité de la proposition. » Que fera votre successeur ?

« Je pense qu'il poursuivra à sa façon, selon sa personnalité. Il trouvera un territoire défriché : le public est là, en attente, les structures nous connaissent... » Que regretterez-vous de Lille ?

« Les terrasses de la Grand-Place. L'ambiance du marché de Wazemmes, une certaine légèreté, l'aspect multiculturel.

J'aime aussi l'architecture des maisons de ville, avec leur jardinet. » •

Instituts.- Il en existe une centaine dans le monde ; six en France.

Événements.- L'Institut lillois a organisé, depuis l'arrivée d'Anna Mondavio, une soixantaine d'événements par an ; une vingtaine de plus l'an dernier, avec l'opération Italire en fête.

Lieu.- L'Institut partage ses locaux avec le consulat, rue d'Isly. Les consignes de sécurité l'empêchent d'y accueillir du public.

Exposition.- Dernier rendez-vous proposé par Anna Mondavio : « Bye-Bye Roma ». Vernissage le 22 mai à l'Hermitage gantois.

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