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PAR FRÉDÉRIC LECLUYSE
region@lavoixdunord.fr PHOTO ARCHIVES PHILIPPE PAUCHET
Décidément, il se passe toujours quelque chose au tribunal de Lille. Après l'épisode cataclysmique du mariage annulé, voici le tour du médecin condamné. Il est 9 h 30 hier. Sur les marches du palais de justice, Me Blandine Lejeune ne décolère pas. « C'est un jugement scandaleux, mon client n'a fait que son devoir de médecin, nous allons immédiatement faire appel de cette décision. » À son côté, Sadek F., jeune docteur en médecine de 37 ans installé à Roubaix, est sonné par la décision du tribunal. « Je ne comprends pas, on me condamne alors que je n'ai fait que respecter le serment d'Hippocrate qui m'oblige à porter secours et assistance à toute personne blessée. Je suis prêt à me battre jusqu'au bout. »
Le tribunal a également condamné deux autres personnes. Une jeune femme (elle écope de trois mois avec sursis) qui avait accueilli le braqueur blessé dans son appartement, ainsi que l'homme (il prend deux ans dont une année avec sursis) qui avait embarqué le médecin dans cette aventure, le 15 juin 2005.
Ce jour-là, peu après 7 heures, un groupe de malfaiteurs attaque un fourgon blindé à Villeneuve-d'Ascq dans le but de rafler les 671 000 E transportés dans les soutes. L'attaque au fusil d'assaut est un échec et deux braqueurs repartent blessés. L'un d'eux aura la vie sauve grâce aux bons soins du docteur F.
Il y a quinze jours, devant le président Jacques Huard (notre édition du 18 juin), celui-ci parle de contrainte, expliquant qu'un colosse lui a balancé : « Si tu ne viens pas, on ira te chercher ! » Il faut soigner un blessé grave. Débarqué dans un appartement de Marcq-en-Baroeul, Sadek F. a des doutes. L'attaque de Villeneuve-d'Ascq passe en boucle sur les radios. Secondé par Ismaël I. et l'homme qui a menacé de venir le chercher, le généraliste passera plusieurs heures arc-bouté sur Amaury O. Signes particuliers du blessé : trois orifices à l'épaule.
Deux balles sont sorties d'elles-mêmes. Il faudra en repêcher une troisième dans le thorax. Entre la peau et les os. Le tout avec du rhum en guise d'anesthésique, armé d'un simple kit chirurgical acheté en pharmacie.
« Vous l'avez sauvé », ne pourra s'empêcher de souffler le président Huard. Reste que le docteur F. n'a pas prévenu la police. La justice appelle cela « soustraction d'un criminel à l'arrestation et aux recherches. » Me Blandine Lejeune y oppose une autre version : « Depuis l'Antiquité, tout médecin se doit d'apporter des soins à un malade. »
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